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Les Controverse(RME)S

Technology watch - Semaine du 8 au 15 août 2005 

La technologie évolue au moins aussi vite que les relations internationales. Toutes les semaines, au sein des Controverse(RME)S, Technology Watch fait le point sur l'évolution de systèmes militaires dont l'emploi présente des répercussions politiques, stratégiques et tactiques.

La Royal Navy bouge

Deux retraits de service à la RN prennent l'allure de symboles. En effet, le porte-aéronefs Invincible a officiellement été retiré du service, six mois à l'avance comparativement au calendrier établi. Premier de sa classe, lancé en 1977 et d'un déplacement de 22.000 tonnes, il laisse deux sisters-ships - l'Ark Royal et l'Illustrious - dont le premier est actuellement en refonte. A terme, soit à partir de 2012, ces bâtiments seront remplacés par deux porte-avions faisant l'objet d'une collaboration avec la France et d'un déplacement de 60.000 tonnes. Dernièrement, la décision avait été prise de retirer les Sea Harriers de la Navy du service. D'ici à 2012, ce seront des GR-7 de la RAF qui prendront le relais. 

Par ailleurs, la RN retire actuellement du service un bâtiment du Type 42, qui sera remplacé par un des nouveaux destroyers du Type-45 (classe Daring). On se souvient notamment que le Sheffield, du Type-42, avait été coulé aux Malouines. Ces décisions sont à replacer dans le cadre du processus d'une révision stratégique britannique qui avait, un temps, laissé espérer à la RN d'atteindre les 50 frégates et destroyers.

Mauvaise passe pour la marine russe 

La semaine aura été marquée par l'opération de sauvetage réussi du mini sous-marin AS-28. Pourtant de construction relativement récente (1989), l'engin s'est manifestement empêtré dans un réseau d'antennes d'un système de surveillance. Sous-marin destiné aux missions de sauvetage, à l'instar des DSRV américains, il participait à une série d'exercices. Trois points nous semblent ici à souligner. Premièrement, que, malgré la relative maniabilité (théorique) de l'engin, le manque de compétence et/ou le manque d'informations appropriées et/ou le manque de maîtrise technologique aura abouti à ce qui s'apparente comme une catastrophe politique tant pour la marine russe que pour V. Poutine.

En effet, deuxième point, si la marine a reçu un soutien financier et politique plus poussé après le naufrage du Koursk, un de ses bâtiments s'est (encore) placé dans une situation délicate sans qu'il n'ai réussi, seul, à s'en dépêtrer. On se souviendra également que lors des exercices "Sécurité 2004", le lancement de deux missiles SS-N-23, devant le président observant les manoeuvres, a, tout simplement, échoué (le second missile devait être lancé pour faire oublier l'échec du premier lancement). A ce stade, l'affaire prend un tour politique d'autant plus marqué que le Scorpion qui aura eu raison des câbles retenant l'AS-28 s'est ainsi approché d'un des systèmes les plus secrets au monde. L'intervention occidentale a, quant à elle, été très mal prise par Moscou qui ne pouvait, après le naufrage du Koursk, tolérer d'autres pertes humaines.

Troisièmement, si ce n'est pas la première fois qu'un système robotisé aura sauvé des vies humaines, la qualité du travail effectué semble démontrer que nombreuses sont les applications potentielles des sous-marins téléguidés. De nombreuses marines étudient d'ailleurs cette solution pour les missions de sauvetage mais aussi de déminage, de leurrage actif et de combat. 

CENTCOM et les rayons-X 

L'introduction de moyens de combat via des véhicules ou des containers reste une des grandes préoccupations des services militaires, douaniers et de police. La fouille manuelle de l'ensemble des véhicules étant exclue, une firme américaine a produit un système mobile, monté sur un van et permettant de scanner les véhicules à proximité immédiate. Pour ce faire, on utilise un rayon-x et un traitement informatique spécifique, de sorte que les opérateurs sont en mesure d'examiner sans problème l'ensemble d'un véhicule. Le système produit en effet des images d'une qualité proche de la photo et permettant, par exemple, de voir des charges de nitrates d'ammonium au sein de caisses remplies de bananes ou encore au sein des composantes mécaniques d'un véhécule. Centcom devrait disposer de sept de ces systèmes. 

De l'efficacité des drones 

Bien sûr, les appareils sans pilotes remplissent des fonctions importantes et peuvent considérablement améliorer la sécurité des frontières et la surveillance, notamment durant des missions en environnement urbain. Mais un rapport du Department of Homeland Securitytendrait à démontrer que les drones, pour l'heure, connaissent 100 fois plus d'accident que les appareils pilotés. Plusieurs causes sont avancées, dont la défaillance des liaisons entre drones et opérateurs, des pannes mécaniques mais aussi des désorientations spatiales lorsque le pilotage est manuel. 

Au demeurant, plusieurs rapports indiquent que l'US Air Force voudrait considérablement augmenter ses achats de drones RQ-1. A présent mûre - il était un temps où les Predators ne pouvaient voler pour cause de formation de givre sur leurs ailes - ces appareils sont considérés comme cruciaux dans les missions de combat urbain mais aussi de surveillance de zone. 

Notons également que l'US Army vient de passer commande de 48 Extended Range MultiPurpose (ERMP), une version du RQ-1 capable d'emporter diverses charges offensives (jusque 4 missiles AGM-114 Hellfire), de voler 72 heures d'affilée et de décoller/atterir automatiquement depuis des pistes peu préparées. Au sein de l'US Army - qui exploite ainsi ses premiers appareils de la famille Predator - les ERMP remplaceront les RQ-5 Hunter. 132 appareils pourraient être commandés à terme. 

Toujours dans le domaine des UAVs, notons qu'un drone solaire (utilisation de cellules photovoltaïques et de batteries) d'un peu plus de 14kg - soit ce qui pourrait entrer dans la catégorie des drones tactiques - a battu un record en volant 48 heures et 16 minutes. Selon le constructeur, l'arrêt du vol a été décidé au terme de la constatation d'une trop grande fatigue des opérateurs. 

L'Active Denial System : arme opérationnelle ?

L'ADS est une arme a micro-ondes qui semble actuellement déployée en Irak. "Perçant" la peau du fait d'une énergie et d'une fréquence spécifique (95GHz), elle agit sur les terminaisons nerveuses de ses cibles pour causer une sensation de brûlure telle qu'une foule serait obligée de se disperser/reculer. Actuellement, les chercheurs américains considèrent que cette arme ne produit aucun effet secondaire et ne laisse aucune trace de son utilisation, ne produisant aucun trauma. 

Si les recherches sur les armes à micro-ondes n'ont rien de neuf, la nouveauté de l'ADS réside dans le fait qu'il soit suffisament petit que pour être embarqué sur un M-998 Hummer, tandis que l'Air Force travaille sur une version aéroportée du système. Il en résulte que des appareils pilotés ou des drones pourraient être engagées dans des missions aerurbaines non-létales. Une nouvelle génération de ces armes, cette fois portable, pourrait être mise en service dès 2008. 

Plusieurs commentateurs estiment que ce type d'arme est immanquablement appelé à se développer. En effet, les techniques classiques de maintien de l'ordre - utilisation de matraques ou de gaz lacrymogènes - restent problématiques à plusieurs points de vue. Tactiquement, elles ne sont utilisables qu'à proximité d'endroits spécifiques. Dans le même temps, elles impliquent un contact relativement proche entre les foules et les opérateurs. L'utilisation de micro-ondes, en permettant un meilleur ciblage - contrairement aux lacrymogènes - serait ainsi une mesure d'économie des forces permettant d'augmenter l'agilité des forces les utilisant. 

Reste, bien évidemment, à voir si les espérances placées en ces systèmes seront avérées et dans quelle mesure ces nouvelles armes produisent ou non des effets indésirables à long terme.  

Sources : Jane's, Defence Tech, Defensenews, Defence Talk, Inside Defence. 

Joseph Henrotin, le 8 août 2005