André
Dumoulin, Philippe Manigart et Wally
Struys, La Belgique et la politique
européenne de sécurité et de
défense. une approche politique,
sociologique et économique,
Bruxelles, Bruylant, 2003. Préfaces
des ministres belges André Flahaut
(Défense) et Louis Michel (Affaires
étrangères).
Visitez
le site des établissements Emile
Bruylant sur
http://www.bruylant.be
Premier
ouvrage pluridisciplinaire sur la
Belgique, ses forces armées et la montée
en puissance de la Politique Européenne
de Sécurité et de Défense (PESD) de
l’Union européenne, les auteurs tentent
de démêler l’écheveau des contraintes
politiques et budgétaires, des démarches
diplomatiques et des restructurations de
l’institution militaire associées à
cette nouvelle posture de sécurité.
La
Belgique se considère comme un
laboratoire en matière de coopération
multinationale, de fédéralisation
européenne de la sécurité et de la
défense ; tout comme elle fut celle qui,
la première après la fin de la guerre
froide, a entamé la plus vaste
restructuration quantitative,
qualitative, culturelle et
organisationnelle de ses forces, avant
les autres armées européennes, qui
suivirent progressivement le mouvement.
Cette
politique de sécurité se caractérise par
la mise en avant de principes éthiques
sous-jacents à une culture européenne
fédérale. Cette dimension nouvelle dans
les discours implique que davantage que
par le passé, les valeurs et les cadres
de légitimation doivent dicter les
comportements et les choix
politico-militaires belges ; que ces
dimensions « philosophiques » doivent
être définies et assurées avant tout
engagement multinational, qu’il soit
diplomatique ou militaire.
À cela
s’ajoutent quelques grands facteurs -
vulnérabilité des moyens budgétaires
militaires, permanence des alliances,
prégnance des coalitions politiques,
différentiel de mentalité
ethno-linguistique et communautaire,
degré de priorité – qui influencent en
profondeur les politiques de défense du
pays pour lui donner, à certaines
occasions, à la fois ce caractère très
particulier fait de fidélisme parfois
frondeur envers les Alliances, de
cacophonie positionnelle et parfois
d’incohérence suite à l’influence des
« piliers » dans un même gouvernement,
de clivages selon les enjeux
socio-politiques et économiques. En
final parfois l’apparition d’une
inadéquation entre les paroles et les
actes dans certains dossiers. En
d’autres mots, d’un décalage entre les
« affichages politiques » et les
« engagements », nonobstant l’insistance
des autorités à rechercher une
proportionnalité entre les buts et les
moyens dans la politique de défense et
de sécurité du pays.
Alors
que les forces armées se construisent
une nouvelle culture d’entreprise, cette
dernière ambiguïté est celle qui menace
en partie la crédibilité d’un discours
très européiste. Posture qui fait
néanmoins de la Belgique un des grands
ambassadeurs de cette PESD dans le champ
international et sécuritaire, alors que
les soldats belges sont éparpillés sur
quatre continents.
André
Dumoulin, Attaché de recherche à l’École
royale militaire (ERM), Docteur en
Science Politique.
Philippe Manigart, Professeur à l’ERM,
Docteur en Sciences Sociales.
Wally
Struys, Professeur à l’ERM, Docteur en
Sciences Économiques.